Le nouveau no. de Wax Poetics est un spécial sur l'Afrique et devrait intéresser particulièrement les lecteurs des Rythmes étranges.
Tony Allen, Fela Kuti et l'Orchestre Poly-Rythmo dans le même magazine..
Parlant de Fela Kuti, la cie Knitting Factory va ré-éditer les quelques 50 disques du monsieur en 2010 et 2011.. C'est de la folie à la grandeur de Fela lui même !
L'année 2010 commence en beauté avec l'annonce de la venue de Tinariwen au cabaret Latulipe de Montréal le 5 Mars et au Palais Montcalm de Québec le 6.
Le groupe Touareg du Mali viendra présenter les pièces de l'excellent album Companions paru en 2009.
Rahul Dev Burman, Hum Kisise Kum Naheen, EMI, 1977.
La musique indienne est un monde vaste dans lequel j’ai encore bien de la difficulté à m’orienter ; l’Inde étant le deuxième pays le plus peuplé au monde, il est normal que sa production culturelle soit exhaustive et abondante. Écouter des bandes sonores des films de Bollywood est sans doute une bonne manière de s’introduire dans ce monde musical chaotique.
Intimement lié aux arts de la scène, la culture populaire indienne a véritablement connu une révolution avec l’avènement du son dans le cinéma au début des années 1930.Contrairement aux arts de la scène conventionnels, le cinéma permettait de réaliser des chorégraphies plus ambitieuses et d’en amortir les frais de réalisation sur plusieurs présentations.Ainsi, il devenait possible pour les réalisateurs d’imaginer et de mettre en scène des chorégraphies plus complexes impliquant plus de danseurs, de costumes et des décors plus grandioses. Il semblerait que certains producteurs obsédés trouvèrent le moyen de mettre en scène plus d’une cinquantaine de chansons dans un même film. Aujourd’hui, l’industrie du film indien est l’une, sinon la plus développée au monde et produit chaque année d’innombrables films d’action et comédies romantiques traitant sous toutes les facettes humainement possibles de l’amour.
Bien que les années 1950 soient catégorisées dans certains ouvrages comme l’âge d’or des compositeurs de bandes sonores de films, c’est plutôt au tournant des années 1970 que furent enregistrées les musiques de films les plus intéressantes. À cette époque, c’est une nouvelle génération qui prend la relève et celle-ci mélangea davantage les styles musicaux occidentaux tels que le rock psychédélique, le disco et le funk aux rythmes traditionnels indiens. De ces jeunes compositeurs, Rahul Dev Burman, considéré comme celui ayant révolutionné l’art de la musique de film en Inde, est sans doute un incontournable. Né à Calcutta et fils du célèbre compositeur Sachin Dev Burman, R.D. Burman composa sa première chanson dès l’âge de 9 ans. En raison de la qualité de celle-ci, son père l’enregistra avec son orchestre pour le film Funtoosh en 1956. R.D. Burman poursuivit ensuite sa carrière en assistant son père pour finalement voler de ses propres ailes et produire quelques 300 bandes sonores de films.
De l’ensemble de ces bandes sonores, celle du super hit Hum Kisise Kum Naheen, réalisé par Nasir Hussain en 1977, se démarque par son intensité et surtout sa qualité d’ensemble. L’histoire du film qui est plus ou moins intéressante, raconte la quête de Rajesh, un jeune chanteur de cabaret qui tente de retrouver la fortune familiale. Bien qu’il y ait des poursuites de voitures et des diamants cachés dans une ceinture, le film est loin d’être un chef-œuvre à la hauteur de sa bande sonore.Le disque débute avec un long medley d’une douzaine de minutes où R.D. Burman donne tout ce qu’il a ! Et contrairement à trop de bandes sonores qui s’essoufflent après quelques chansons, l’intensité d’Hum Kisise Kum Nasheen se poursuit jusqu’au dernier sillon de la face B !
Enfin.. après 6 mois d'attente, les ré-éditions de ces deux disques d'afro-rock nigérien, originalement paru dans les années 1970, sont maintenant disponibles. Ces deux disques font suite à l'excellente ré-édition du premier disque d'Ofege, ce groupe de jeunes étudiants de Lagos, paru l'année passée sur Academy Annex.
Numero Group de Chicago sortira en novembre prochain un impressionnant coffret intitulé A Light On The South Side, documentant les clubs du quartier South Side à Chicago pendant les années 1975 à 1977.
Le coffret comprendra 2 disques vinyles ainsi qu'un livre à couverture rigide incluant des photos 'vintage' de Micheal L. Ambramson et un essai de Nick Hornby, auteur du best-seller Haute Fidelité.
La période de la fin des années 1960 et du début des années 1970 est sans doute l’une des phases des plus exploratoires de l’histoire de la musique moderne. C’est probablement le contexte de libéralisation et de modernisation de l’époque combiné à l’émergence de plusieurs innovations technologiques qui a ainsi poussé de nombreux musiciens à explorer de nouvelles textures musicales et à fusionner les genres.Le pianiste belge Marc Moulin est l’un de ces musiciens dont les expérimentations ont influencé le cours de l’histoire de la musique jazz et électronique, en plus d’inspirer de nombreux groupes et musiciens contemporains tels que Air, Stereolab, DJ Shadow et autres.
En 1969, Marc Moulin forme, avec le guitariste Philip Catherine, le groupe Placebo. Pionnier dans le genre de l’acid jazz, Placebo était en quelque sorte un collectif des musiciens de l’avant-garde belge de l’époque. Fusionnant des structures musicales et des arrangements hérités du funk, du jazz et du rock, ils créent une musique très cinématographique, rappelant parfois les bandes sonores de films de Serge Gainsbourg et Michel Colombier, où le côté exploratoire se manifeste principalement par l’utilisation de claviers et autres nouvelles machineries électroniques.Entre 1971 et 1974, le groupe enregistre trois très bons disques, dont certaines des pièces comme Balek et Humpty Dumty sont devenues des morceaux cultes de l’acid jazz.
Placebo – Humpty Dumpty
En 1975, moins d’une année après la séparation de Placebo, Marc Moulin enregistre le long jeu Sam’ Suffy. Ce disque, qui est la suite logique de ceux de Placebo est toutefois plus minimal et expérimental. L’univers de Sam’ Suffy, parce qu’il en est tout un, prend forme autour du trio composé de Marc Moulin (piano/claviers), de Richard Rousselet (trompette) et de Bruno Castelluci (batterie). Cette formation réduite est beaucoup moins rigide que celle de Placebo et laisse place davantage à l’expérimentation. Les musiciens explorent ainsitant par l’utilisation de nouveaux instruments, telle qu’une basse électrique à fréquences modulables que par la transgression des structures habituelles de la musique jazz. La quasi moitié du court disque est d’ailleurs consacrée à une suite ambiante de quatre chapitres (Tohubohu) où les musiciens imitent des sons d’animaux de la jungle à l’aide de leurs instruments. Les autres pièces sont plus ‘mélodiques’ et ‘conventionnelles’,mais comme Marc Moulin ne fait pas les choses à moitié, elles ont toutes un titre qui réfère aux différents styles musicaux ayant influencé le trio : Le Saule (soul), La Blouse (Blues), Le Beau Galop (Boogaloo) et La Bougie (Boogie).
Marc Moulin – Le Saule
Suite à la parution de Sam’ Suffy, Marc Moulin enregistra 5 disques de disco-pop-électronique avec la formation Telex, quelques disques solos, ou il retourne à un jazz plus traditionnel, en plus de produire et enregistrer de nombreux disques pour d’autres artistes, dont quelques-uns pour la chanteuse pop belge Lio. Il mena également une carrière de journaliste, jusqu’à sa mort en 2008.Pendant l’ensemble de sa carrière Marc Moulin a le mérite d’être toujours demeuré à l’avant-garde et de participer à établir les bases pour de nombreux styles musicaux à venir. Malheureusement, la disponibilité des albums de Marc Moulin est toujours déficiente. Malgré le fait que Sam Suffy soit réédité de manière décente en cd par Blue Note, les trois disques de Placebo sont toujours non disponibles.Il existe bien des versions vinyle ultra limitées, mais il vous faudra débourser plus de 50 Euros pour en obtenir une copie ; ce qui me paraît légèrement exagéré.
Bon.. C'est le retour des vacances et le retour aux choses sérieuses !!!
Analog Africa fera paraître cette automne, le 26 octobre pour être plus précis, un 2ième disque dédié exclusivement à l'Orchestre Poly-Rythmo. Alors que le 1er volume se concentrait sur les enregistrements plus amateurs du groupe, ce deuxième volume comprendra des enregistrements réalisés au studio EMI de Lagos pour le compte de la cie béninoise Albarika Store.
Cette saison voit également le retour du Poly-Rythmo qui part en tournée européenne. Détails et mix exclusif sur le site de Soundway.
Pour les malheureux, qui comme moi n'auront pas la chance d'assister aux concerts du groupe, voici deux vidéos pour vous consoler.
La compagnie canadienne Waxing Deep, responsable du podcast du même nom, vient de faire paraître la suite de l'excellente compillation Si, Para Usted, paru en 2007. Pour ceux qui s'intéressent aux rythmes révolutionnaires cubains, ce sera probablement un must (voir entrée no. 11 : Cuba). Peut-être même le disque de l'été !
Ma connaissance de la musique du Burkina Faso est quasi nulle et se limite aux quelques cassettes trainant sur notre comptoir de cuisine, particulièrement celles de Black So Man et Bill Aka Kora, rapportées par ma blonde lors de ses séjours au pays. Selon Gérald Arnaud et Henri Lecompte, dans leur ouvrage Musique de toutes lesAfriques (Fayard, 2006), le fait que les musiques des peuples « voltaïques » soient majoritairement instrumentales et attribuent une faible part au chant soliste expliquerait « la quasi-absence du Burkina-Faso dans l’explosion et le rayonnement mondial de la chanson moderne ouest-africaine. »Victor Démé, dont le 1er album connaît actuellement un fort succès en France, est présentement en train de changer cette réalité.
Ce disque de Victor Démé est le fruit d’une carrière ayant débuté il y a plus de 30 ans.Né d’une mère griotte et d’un père couturier, Victor Démé quitte le Burkina Faso à l’adolescence pour travailler dans l’atelier de couture familial à Abidjan.Pendant son exil en Côte d’Ivoire, il travaille le jour et fréquente les bars où il débute sa carrière de musicien la nuit. Il joue entre autre au sein de l’orchestre Super Mandé, mené par Abdoulaye Diabaté. Il quitte la Côte d’Ivoire pour retourner au Burkina en 1988 où il se joint à plusieurs orchestres de Ouagadougou dont l’Echo de l’Afrique et le Suprême de Comemba (un vraiment bon nom de groupe).Après plusieurs années de dur labeur, il enregistre son premier disque solo avec l’aide des organismes Ouagajungle et Soundicate, deux organismes voués à promouvoir la musique du Burkina Faso.(D’après les notes biographiques disponibles sur la page myspace de Victo Démé.)
À voir :
La musique de Victor Démé est plutôt simple et mélange des mélodies s’inspirant de la musique latine rappelant par moment la musique congolaise telle que celle de Franco et du TPOK jazz. Le premier extrait Djon maya, est une chanson simplement construite autour de deux guitares acoustiques, d’une basse, de 5 accords, d’une poignée de notes jouées par le guitariste soliste et de la superbe voix de Démé. Djon maya est une chanson d’une émouvante beauté et surtout la preuve que la simplicité a toujours bien meilleur goût.
En attendant ma prochaine entrée (qui devrait être la semaine prochaine), gâtez-vous les yeux avec ces pochettes de 45 tours produites à la fin des années 1960 en Tchécoslovaquie. Dommage que la musique gravée dans les sillons de ces disques n'est pas top!