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Et voici le vidéo pour la même chanson :
Altaï Khangaï from Full Rhizome on Vimeo.
Rahul Dev Burman, Hum Kisise Kum Naheen, EMI, 1977.
La musique indienne est un monde vaste dans lequel j’ai encore bien de la difficulté à m’orienter ; l’Inde étant le deuxième pays le plus peuplé au monde, il est normal que sa production culturelle soit exhaustive et abondante. Écouter des bandes sonores des films de Bollywood est sans doute une bonne manière de s’introduire dans ce monde musical chaotique.
Intimement lié aux arts de la scène, la culture populaire indienne a véritablement connu une révolution avec l’avènement du son dans le cinéma au début des années 1930. Contrairement aux arts de la scène conventionnels, le cinéma permettait de réaliser des chorégraphies plus ambitieuses et d’en amortir les frais de réalisation sur plusieurs présentations. Ainsi, il devenait possible pour les réalisateurs d’imaginer et de mettre en scène des chorégraphies plus complexes impliquant plus de danseurs, de costumes et des décors plus grandioses. Il semblerait que certains producteurs obsédés trouvèrent le moyen de mettre en scène plus d’une cinquantaine de chansons dans un même film. Aujourd’hui, l’industrie du film indien est l’une, sinon la plus développée au monde et produit chaque année d’innombrables films d’action et comédies romantiques traitant sous toutes les facettes humainement possibles de l’amour.
Bien que les années 1950 soient catégorisées dans certains ouvrages comme l’âge d’or des compositeurs de bandes sonores de films, c’est plutôt au tournant des années 1970 que furent enregistrées les musiques de films les plus intéressantes. À cette époque, c’est une nouvelle génération qui prend la relève et celle-ci mélangea davantage les styles musicaux occidentaux tels que le rock psychédélique, le disco et le funk aux rythmes traditionnels indiens. De ces jeunes compositeurs, Rahul Dev Burman, considéré comme celui ayant révolutionné l’art de la musique de film en Inde, est sans doute un incontournable. Né à Calcutta et fils du célèbre compositeur Sachin Dev Burman, R.D. Burman composa sa première chanson dès l’âge de 9 ans. En raison de la qualité de celle-ci, son père l’enregistra avec son orchestre pour le film Funtoosh en 1956. R.D. Burman poursuivit ensuite sa carrière en assistant son père pour finalement voler de ses propres ailes et produire quelques 300 bandes sonores de films.
De l’ensemble de ces bandes sonores, celle du super hit Hum Kisise Kum Naheen, réalisé par Nasir Hussain en 1977, se démarque par son intensité et surtout sa qualité d’ensemble. L’histoire du film qui est plus ou moins intéressante, raconte la quête de Rajesh, un jeune chanteur de cabaret qui tente de retrouver la fortune familiale. Bien qu’il y ait des poursuites de voitures et des diamants cachés dans une ceinture, le film est loin d’être un chef-œuvre à la hauteur de sa bande sonore. Le disque débute avec un long medley d’une douzaine de minutes où R.D. Burman donne tout ce qu’il a ! Et contrairement à trop de bandes sonores qui s’essoufflent après quelques chansons, l’intensité d’Hum Kisise Kum Nasheen se poursuit jusqu’au dernier sillon de la face B !
Cambodian cassettes archives vol. 1. Khmer folk & pop vol. 1, Sublime Frequencies, 2004
Avant la prise de pouvoir par les Khmers rouge en 1975, le Cambodge était en pleine effervescence culturelle et sa musique populaire, alors très influencée par l’occident, était l’une des plus développées en Asie du Sud-Est.
C’est en 1963, que Sinn Sisamouth, considéré aujourd’hui comme le roi de la pop cambodgienne, enregistre le premier hit de rock’n’roll au pays. Pour la première fois, la chanson « Champa Batdambang » mettait à l’avant-scène un groupe de musiciens s’inspirant du rock’n’roll et rhythm’n’blues anglo-saxon. Le succès fut instantané et la carrière de Sinn Sisamouth pris un tel envol qu’il composa et enregistra plus de 500 chansons et inspira toute une génération de jeunes musiciens à former des groupes de musique populaire.
Le coup d’état et la prise du pouvoir par Pol Pot et les Khmers rouges en avril 1975, entraîna un génocide dévastateur pendant lequel plus de 90 % des musiciens furent tués. Le régime visait ainsi à effacer toutes traces de l’influence de l’occident en éliminant les intellectuels, les professeurs et les artistes en plus de détruire les ouvrages culturels dont les livres et les disques. Les disques produits au Cambodge avant les années 1980, sont donc aujourd’hui extrêmement rares. La musique des années 1960 et 1970 est plutôt disponible via des cassettes produites pendant les années 1980 et 1990. Ils existent actuellement plusieurs compilations de musique pop cambodgienne assemblées à partir de ces cassettes de qualité variable. Ces compilations sont en général le fruit d’amateurs s’étant procuré leurs cassettes directement auprès des vendeurs itinérants de Phnom Penh ou encore conçues à partir de fonds d’archives musicales des diasporas cambodgiennes tel que Cambodian Cassette Archives, Khmer Folk and Pop Music Vol. 1 paru en 2004 chez Sublime Frequencies.
À écouter :
Sinn Sisamouth, Ros Sereysothea et Pan Ron sont sans doute parmi les plus connus des chanteurs cambodgiens des années 1960 et 1970. La compilation Cambodian Rocks comprend une vingtaine de chansons originales ainsi que des interprétations de succès occidentaux comme une version déstabilisante du classique Gloria. L’ensemble des chansons sont chantées en langue khmer et le résultat de ce mélange de mélodies traditionnelles et de rock garage américain est, bien que pas toujours facile à écouter, unique. Les solos d’orgues et de guitares électriques sont nerveux, stridents et parfaitement maîtrisés, et à l’écoute de la voix de Ros Sereysothea sur Wait 5 more months je me demande toujours comment est-il humainement possible de chanter aussi aigu.
La dernière des trois chansons fut probablement enregistrée au début des années 1980. Elle témoigne de l’évolution de la musique populaire cambodgienne après le génocide. Malheureusement l’interprète ainsi que le lieu de l’enregistrement de cette chanson sont aujourd’hui inconnus, ce qui n’empêche aucunement d’en apprécier son air de clavier un peu cheap, mais accrocheur.

Maok Pi Naok -Sinn Sisamouth accompagné de Ros Sereysothea, Pan Ron et Dara Jamchan
Wait 5 more months – Ros Sereysothea avec Seang Vanthy et Jam 5 Kai Thiet